La Mission par Phil Lips (15 novembre 2008)

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Par: Phil Lips
Journal La Mission
15 novembre 2008

Vie et mort d’un texte sur une scène sans nom

Oh merde! Il y a plus de deux semaines que j’ai accepté d’écrire un article sur la scène locale. Je dois remettre mon texte demain. Ce n’est pas que j’ai attendu à la dernière minute, au contraire. Cette chronique est sur le point de me rendre complètement fou. Je ne sais pas comment l’écrire. On m’a dit que j’avais les bons mots pour rendre justice à un texte qui traiterait de l’ascension de la scène de St-Jean et de son déclin actuel. C’était le sujet dont j’étais chargé. On m’a charmé à force de compliments sur ma plume. Les fleurs qu’on m’envoyait étaient si roses et sentaient si bon; j’ai accepté sur le champ.

Feuille blanche, stylo noir. Assis à mon bureau. Dans mon atelier. Je vais commencer. Voilà. Je ne sais pas. Je vais bientôt débuter… Bonjour! Que j’écris … j’ai débuté mon travail… Est-ce que j’ai encore du vin dans le frigidaire? …Je reste concentré…

Et soudain, j’ai la présence d’esprit que je ne peux aucunement descendre qui que ce soit dans cet article, ne désirant aucunement laver mon linge sale sur papier. Impossible de viser un bouc émissaire et complètement vain de vouloir trouver une raison de la supposée mort de notre scène locale. Alors, en guise de solution, écrire une autobiographie mentionnant toutes les merveilleuses atrocités que j’ai fait sur les planches qui auraient probablement pu nuire au probable succès. Me dévoilant complètement nu par instant (dans le texte, pas sur scène… c’est une phrase au sens figuré).

J’ai eu peine à écrire cette bio. J’ai eu si mal à retracer mon passé, trop de nostalgie inutile. J’y mentionnais seulement mes faits et gestes qui selon moi aurais pu être ma part de responsabilité parmi la « pitoyable » mort d’un univers scénique florissant. Enfin, c’est ce qu’on a bien failli me faire croire, car c’était le sujet dont on me poussait à élaborer après tout! Une fois le nombre de mots dépassé, j’ai fait lire mon travail à ma petite amie, méfiant du résultat Elle s’est sitôt empressée de le catégoriser comme étant un texte centré sur moi-même… Oui, oui, je sais bien, au moment de la rédaction je préférais viser mes faits et gestes susceptibles de nuire à la scène, plutôt que de viser quiconque d’autres d’être responsable d’un tel échec.

Mille mots passés, je détruisis mon travail. Je devrai recommencer. Pour ce faire, complètement débité, j’ai mis une vidéo cassette d’enregistrement de prestations de mon groupe, filmé en plein paroxysme de notre succès, dans le but de me plonger au coeur de l’erreur. Ce fut une solution lamentable et bouleversante. Bien loin de m’inspirer, une lourde nostalgie m’a frappé de plein fouet, provenant de simples images du passé. Et alors, à ce moment, je suis bien loin du but qui vise à me faire dire que je connais des gens de bonnes intentions qui ont créé des organismes dont la mission est d’aider les lettres minuscules du nom de nos groupes à devenir des majuscules soutenues. Hé, n’avez-vous jamais lu ce livre où le hippie s’habille du jour au lendemain d’un costume trois pièces? Ou comme si, peu à peu, le café du coin était devenu un Starbuck?

Alors, je suis là, dans mon atelier, à me demander ce qui à bien pu arriver… et soudain la vérité me frappe : On désire que j’écrive un texte sur la mort certaine de notre scène locale. Or, il n’en est rien! L’opinion de la recherchiste est fausse. Cette scène n’est pas morte! J’entends toujours les superbes mélodies, nouvelles, fraîchement créées par tous ces groupes johannais, lorsque je traverse le couloir de nos locaux de pratique. Elles sont neuves, les airs sont vivifiants, imaginatifs et toujours aussi à l’avant-garde.

Rien n’est perdu. Cette scène vit. Et si seulement c’était vrai que le public n’est plus au rendez-vous? C’est que les adolescents d’autrefois, qui formaient la foule abondante, ont finalement terminé leur cegep, sont passés à autres choses, ont oublié les raisons de toutes leurs contestations et aujourd’hui font du 9 à 5.

Je ne peux pas dire si tout est fini. Je ne sais pas quand nos bands redeviendront une vraie folie publique. Je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire pour redorer la couronne de Saveur Marmelade, et promouvoir la scène locale. Je n’ai aucune réponse. Je ne sais pas quoi dire dans cet article sur tous ces groupes de ma région dont j’ai l’habitude d’avoir un mot positif pour chacun qui mérite mes honnêtes compliments. Nombreux sont-ils, parmi cet amalgame de groupes si différents au contraire de ceux d’il y a 10 ans, dont on désirait m’entendre traiter dans cette rubrique, et desquels j’ai toujours catégorisé d’un punk rock redondant, comparativement à la diversité des groupes locaux actuels. Non, cette scène n’est pas morte. Je n’en crois rien. Elle est seulement en hiatus. Et je ne sais quoi dire ou quoi faire pour créer de nouveau l’intérêt d’un public nombreux. Je ne sais pas et c’est pourquoi je n’ai jamais mis sur patte une Production Anonyme ou un Final Records.

Tout ce que je sais, c’est que j’évolue au sein de mon propre band, peu importe le chiffre qui catégorise le public. Je sais d’où l’on vient et où l’on va. Je sais que j’ai travaillé sans relâche depuis si longtemps pour produire notre prochain disque à paraître en janvier 2009. Je connais l’effort terriblement épuisant que j’y ai mis, tout ça dans le but de me satisfaire, pouvoir immortaliser une poignée de mes compositions favorites. Et je sais que toi, le musicien, fait et fera, encore et toujours ainsi : Combler une satisfaction personnelle peu importe le public présent ou non…

N’est-ce pas?

L’important c’est de jouer, tout simplement.